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La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires de Christophe Guilluy

Libération prend le livre avec des pincettes et se bouche le nez.
La gauche a-t-elle oublié la France populaire ? de Pascale Nivelle, Jonathan Bouchet-Petersen. Accès libre

C. Guilluy présente une France populaire qui souffre de la mondialisation et a été éjectée des agglomérations par le coût du foncier. Elle vit désormais dans cette France périphérique qui ne profite en rien de la création de richesses produites par les grandes villes. Pour la première fois dans l’Histoire, dit-il les classes populaires ne sont pas là où se créent les richesses : 60% de la population n’habite plus là où cela se passe. Guilluy avance que les populations des banlieues s'en sortent mieux que les "petits Blancs" car le modèle économique urbain a besoin d'eux en tant qu'ouvriers sous-qualifiés, sous-payés autant que des cadres supérieurs et parce que ces ouvriers souvent immigrés peuvent se maintenir "là où ça se passe" grâce aux logements sociaux.

Au final, le paradoxe du livre est de vouloir mettre en garde la gauche sur ses impensés, ses abandons coupables, tout en légitimant le discours identitaire d’une partie de la droite et de l’extrême droite : racisme anti-Blanc, peur de ne plus être majoritaire «chez soi», stigmatisation des élites mondialisées…

Dans cet autre article de Libération, Guilluy, le Onfray de la géographie, Cécile Daumas le pose en non-universitaire refusant le débat avec ses confrères et prenant un certain plaisir, comme le philosophe de Caen, à aborder les sujets qui fâchent. Accès libre / Article complet en accès réservé (abonnement de la BU de Paris 8) : cliquez sur Europresse puis sur ce lien.

Le Nouvel Obs insiste sur le vote de cette France périphérique dans un entretien mené par Hervé Algalarrondo
C. Guilluy explique que gauche et droite n'ont plus de signification pour ces populations. Celles-ci étaient hier opposées, parfois culturellement de gauche, parfois culturellement de droite. Aujourd'hui, elles font front commun. On ne peut pas parler de conscience de classe. Elles partagent les mêmes préoccupations face à la mondialisation, se sentent tenues à distance des villes-mondes.
Elles passent progressivement de l'abstention au vote FN. Marine Le Pen peut-elle être élue présidente grâce à la France périphérique ? Elle y dispose d'un stock d'électeurs potentiels considérable. Et si elle gagne, ce sera grâce à elle.

Toujours dans les journaux en ligne, Slate par un article de Jean-Laurent Cassely, reprend les thèses principales et renvoie à leurs critiques universitaires. Le livre ne laisse personne indifférent comme le résume cette citation d'un chercheur : les urban studies françaises sont surexcitées !

Béatrice Giblin, géographe à l'Institut de géopolitique (université Paris 8) résume dans ce tweet son sentiment sur le livre : Comme tout livre coup de poing, le livre de C. Guilluy est un peu trop noir et blanc.

Dans cette contribution [Accès libre / Article complet en accès réservé (abonnement de la BU de Paris 8) : cliquez sur Europresse puis sur ce lien], B. Giblin donne sa définition du périurbain, revient sur le vote FN de la France périphérique mais refuse l'abandon des classes populaires par les politiques. Ce ne sont pas les politiques qui ont délibérément sacrifié les classes populaires : dans nombre de cas, ils ont cherché à protéger leurs électeurs, se sont battus pour sauver leurs emplois ou en attirer d’autres. En vérité, ce sont le plus souvent, les choix patronaux qui les ont conduits au chômage et au déclassement [...]

Michel Kokoreff, sociologue à l’université Paris 8, nie, dans l'entretien donné à Anastasia Vécrin [Accès libre / Article complet en accès réservé (abonnement de la BU de Paris 8) : cliquez sur Europresse puis sur ce lien], que la politique de la ville en faveur des banlieues soit un succès.
Il y a une batterie d’indicateurs qui montrent que les inégalités territoriales se sont creusées mais il reconnaît que en revanche, il est vrai que c’est dans les petites villes de province qu’on trouve les situations de violence et de pauvreté les plus dures.

Dans Espaces et sociétés, n° 156, 2014, Cécile Gintrac (doctorante à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense) et Sarah Mekdjia (Université Pierre-Mendès-France, Grenoble II) utilise le (pesant) langage universitaire pour contester la ségrégation spatiale entre immigrés des banlieues et "petits Blancs" des périphéries. Pour elles, ces catégorisations spatiales binaires sous-tendent des catégorisations sociales et ethno-raciales particulièrement inquiétantes et irrecevables, montrant du doigt un supposé « multiculturalisme » dominant, et indirectement les habitants des banlieues pauvres et les immigrés.

En assignant des habitants-types racialisés à des espaces-types, cette approche évite complètement une remise en cause de la production des inégalités et renforce l’opposition normative entre un « bon » et « mauvais peuple ».

Même genre de critique dans Contre le populisme géographique de Christophe Guilluy dans La France périphérique comme en témoigne le début de l'article :
Se soucier de la fragilisation actuelle de certains espaces français périurbains et « ruraux » est indispensable. Mais instrumentaliser ces territoires et leur population pour, sous couvert de scientificité, propager une idéologie identitaire et séditieuse relève d’un populisme géographique dangereux.

Un brûlot malvenu dans une situation sociale, économique, spatiale et politique déjà très difficile.

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