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La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires de Christophe Guilluy .- Flammarion, 2014

En 1976, Yves Lacoste créait l'événement en publiant La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre. Déjà en 1947, un autre titre : Paris et le désert français de Jean-François Gravier avait provoqué les géographes bien au-delà du cercle universitaire. Aujourd'hui, voici qu'un autre géographe, Christophe Guilluy agite le monde médiatique, scientifique et politique avec son ouvrage La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion, 2014). Preuve de son succès, il a fait l'objet d'articles détaillés dans tous les médias.

Son propos ? Les classes populaires représentent 60% de la population française, vivent dans la France périphérique (loin des grandes villes) et ont été complètement oubliées par la mondialisation.

Voici une synthèse des réactions, commentaires et analyses.


Les cinq idées reçues attaquées par l'auteur sont résumées dans le blog Bibliothérapie tenu par Anne Brigaudeau sur le site internet de France Tv Info.

Non, la France n'est pas composée majoritairement de "classes moyennes".
Non, les classes populaires ne sont pas immobiles par choix
Non, les Français ne sont pas plus racistes que les autres
Non ils ne choisissent pas l'abstention ou le Front National (FN) par ignorance
Non, ils ne se reconnaissent pas dans les partis de gouvernement


Sur le FigaroVox, l'entretien Le 93 n'est pas un espace de relégation mais le coeur de l'aire parisienne conduit par Guillaume Perrault précise la pensée de C. Guilluy. Extrait en accès libre / Article complet en accès réservé (abonnement de la BU de Paris 8) : cliquez sur Europresse puis sur ce lien l'article en pdf

Il y affirme que la plus grande partie des milieux populaires ne vit pas dans les banlieues et ne bénéficient donc pas des politiques de la ville. Que les catégories populaires (employés, ouvriers, petits agriculteurs) sont devenus invisibles car expulsés des centres urbains.
Comme le remarque C. Guilluy : Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd'hui, on les fait repartir à la « campagne » . C'est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n'a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte.
Et cet article se conclut sur l'existence d'une "contre-société" définie par un grand attachement à l'environnement local et des valeurs propres (ordre républicain, méfiance vis à vis des réformes de société, critique de l'assistanat). Ces valeurs sont totalement opposées à celles des "élites" urbaines mondialisées, dessinant une fracture nette entre deux France.

Enthousiaste, Marianne a produit un article très long et très complet sur Le livre qui permet de comprendre... Les vraies fractures françaises par Eric Conan et Emmanuel Lévy. Article complet en accès réservé (abonnement de la BU de Paris 8) : cliquez sur Europresse puis copiez-collez : "Le livre qui permet de comprendre... Les vraies fractures françaises Éric Conan; Emmanuel Lévy" pour obtenir l'article en ligne. Attention : le pdf n'est pas valide.

Ces extraits de l'article témoignent du lien entre géographie et politique :

C'est le livre que doivent lire François Hollande, Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Luc Mélenchon pour comprendre ce qui (leur) arrive : le transfert progressif de l'électorat populaire de la gauche vers l'abstention et le vote Front national.

Cette France reléguée présente un défaut pour les élites qui pensaient pouvoir l'oublier : elle est majoritaire et proteste de son sort. Toutes les occasions sont bonnes, écrit Christophe Guilluy : «Mouvements des "bonnets rouges", plans sociaux, refus du référendum européen, abstention, vote FN, l'ensemble des nouvelles radicalités émergent sur ces territoires à l'écart des métropoles mondialisées.

Contrairement à ce qu'inspire souvent le mépris social des élites à leur égard, les catégories populaires ont une conscience aiguë de ce que leurs dirigeants ne veulent pas avouer : qu'ils ne savent plus quoi faire d'elles, qu'ils n'ont rien à leur proposer de convaincant. Elles ont compris que la crise était surtout pour elles, qu'il y avait des gagnants de la mondialisation sauvage, mais qu'elles en sont les perdantes, n'ayant droit qu'aux discours d'énarques pensionnés à vie dissertant sur le «populisme» et leur expliquant qu'il faut s'«adapter», «bouger» et «changer de métier plusieurs fois dans sa vie.

Mais la gauche, qui n'a rien compris aux «Bonnets rouges», première expression collective de ce continuum, ne semble pas voir que son socle électoral se réduit «aux gagnants de la mondialisation (classes urbaines métropolitaines) et à ceux qui en sont protégées (salariés de la fonction publique et une partie des retraités)». Y a-t-il encore un instinct de survie dans ce PS devenu, selon Jacques Julliard, un «parti de fonctionnaires, de bobos et de permanents politiques qui vit dans la société française comme en terre étrangère ?

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