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Les mémoires de master et Dumas

En février 2011, dans ce même journal, était présentée la toute nouvelle carte dynamique des mémoires de master. Chaque mémoire est localisé selon sa zone géographique étudiée. Depuis, cette carte va son petit bonhomme de chemin et s'enrichit automatiquement à chaque entrée d'un nouveau mémoire de master dans le catalogue de la cartothèque.
Pour consulter la carte dynamique, c'est ici / Pour voir l'évolution depuis 1969, cliquez là / Pour retrouvez la réalisation du projet, c'est ici

Toutefois, n'est-il pas frustrant d'obtenir la liste des mémoires sur un pays donné, soit une simple référence bibliographique, et non le document lui-même ? Bref, ne pourrait-on numériser le mémoire ?
Déjà retentissent cris d'effroi et lamentations. Et le pillage des oeuvres estudiantines ! et la lecture incommode sur écran ! et l'instabilité technologique ! et le plaisir de feuilleter du papier au coin de sa cheminée ! Bouchons-nous les oreilles et regardons cela de plus près.

Le pillage des mémoires
DUMAS est une archive ouverte concernant les mémoires de master et rattachée à HAL. Voici la présentation faite par l'UFR Sciences humaines de Grenoble. Vous trouverez les arguments en faveur de ou opposés à la mise en ligne des mémoires sur ces sites, notamment sur la FAQ de Dumas. Retenons qu'il est plus facile de repérer le plagiat d'un mémoire diffusé sur internet que d'un mémoire confiné en mode confidentiel sur un rayon de cartothèque.

La lecture sur écran
Les mémoires numérisés le sont en format pdf qui conservent la mise en page décidée par l'auteur. Imprimer tout ou partie du document est possible pour ceux qui sont réfractaires à la lecture sur écran. Quant aux facilités de recherche dans un texte numérisé, elles sont incomparables : recherche d'un mot, d'une expression, accès d'un simple clic aux sources numériques, grossissement du texte, sélection, etc.

L'instabilité technologique
Le papier n'est pas gage de pérennité du support. Il se dégrade, jaunit, s'amenuise. Mieux vaut néanmoins le conserver au cas où affirment les esprits inquiets. Complétons : au cas où la technologie déciderait d'abandonner la lecture des pdf. Plane le souvenir des cassettes vidéos, des disques 33 tours, des cédéroms même, à l'heure de la dématérialisation de la musique. Films et musiques n'ont-ils pas migré sur d'autres supports ? Pas tous, certes, mais le plus grand nombre, et surtout, cette migration est techniquement toujours possible. Les films en super 8 de votre enfance que vous conservez pieusement, vous pourriez les faire basculer en fichiers numériques et les visionner sur un écran. Dites-vous qu'avec de telles craintes, ces films n'existeraient pas ; vous auriez au mieux des portraits sur papier de vous et pas même une photographie...

Le plaisir de feuilleter du papier au coin de sa cheminée
A la cartothèque, nous nous piquons méchamment les doigts sur les spirales des mémoires de master et ceux-ci ne sont pas empruntables à domicile car ce sont des documents uniques.
Un mémoire n'est pas un roman mais un document d'étude. Sa lecture, sauf pour le jury, n'est pas continue mais fragmentée. Et sa pérennité intellectuelle n'est-elle pas plus essentielle que sa matérialisation(sous forme d'un bloc de papier illustré) dans l'objectif de marquer la fin d'une année de formation ?
Car il est temps de faire entendre les arguments positifs à la numérisation des mémoires de master et le premier est la diffusion du travail de l'étudiant. Il sera lu et qui sait, reconnu. Par contrecoup, c'est la qualité de la formation suivie et du directeur/trice du mémoire qui sera mise en valeur.

L'étudiant qui supporte déjà le prix de l'impression d'au moins deux tirages pour les membres du jury n'aura pas à réimprimer une version définitive. La facilité de mise à jour de la version électronique du mémoire devrait encourager les corrections réclamées par le jury. Actuellement, la cartothèque ne récupère que peu de mémoires et parfois longtemps après la date de soutenance. Le gain pour la cartothèque est très grand : l'encombrement moindre des rayons, un catalogue enrichi, une diffusion plus large, moins de tâches de rangement (avec les fameuses spirales écorcheuses de doigts) au profit d'un développement de l'aide à la recherche documentaire. Ajoutons un peu d'environnement et de gestion des déchets (où croyez-vous que finissent les mémoires lus et annotés par les membres du jury ?) et venons-en à une conclusion iconoclaste. Celle-ci n'engage que la cartothèque et nous sommes ouverts à vos critiques...

L'actuel mémoire de master est conçu pour le support papier. L'étudiant se plie à l'usage sans s'apercevoir que cet usage est aussi une contrainte. Libéré de la nécessité d'ajuster sa réflexion intellectuelle à un support prédéfini, ne pourrait-il dérouler autrement sa réflexion ? Si le mémoire est conçu comme une argumentation mise en texte et illustrée par des images (graphiques, cartes, photos), alors il est intouchable dans sa forme actuelle. Cependant, est-ce le texte qui importe ou l'enchaînement logique des arguments intellectuels dans un objectif de persuasion ? Un film répond à cette exigence et se passe de texte écrit pour lui préférer l'oral (qui grâce à la technique n'est plus éphémère). D'autres formes sont possibles et notamment des présentations multisupports qui restent à inventer. Le but ici n'est pas d'innover pour innover mais d'avancer que le changement de support peut ouvrir sur un changement dans la manière de faire de la recherche.
Après tout, créer une carte dynamique de localisation des mémoires de master n'a rien à voir avec la gestion d'une cartothèque. En en restant aux "usages établis" (par qui et pourquoi ?), ce journal non plus n'aurait pas lieu d'être. Or il a changé notre conception du métier de cartothécaire, en mieux.

Décembre 2011