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Terrains - Indonésie


Sous le volcan Mérapi avec Emmanuèle Gautier
Je suis partie 15 jours en mission en Indonésie dans le cadre d'un programme de recherche financé par la fondation Axa pour étudier l'impact de l'activité volcanique du Mérapi sur le fonctionnement des rivières qui descendent de ce volcan. Le Mérapi est sur l'île de Java et c'est l'un des cinq volcans les plus dangereux au monde. Il se trouve à 20 km au nord de la ville de Yogyakarta, (une agglomération de plus d'1 million habitants) et les flancs du Mérapi sont très densément peuplés, avec des activités agricoles comme des rizières ou des cultures de fruits, de légumes, de tabac. Beaucoup de gens vivent sous le volcan, pratiquement jusqu'au sommet et ils sont menacés par l'activité du volcan quasiment en permanence.

Ce volcan a connu un regain d'activité fin 2010 et en février 2011 se sont formés une nuée ardente dont le souffle a détruit un village, et des lahars qui ont dévasté des surfaces agricoles. Les lahars sont des coulées de débris, mélange d'eau, de cendres volcaniques et de gros blocs. Ce ne sont pas des laves. Le Mérapi est surtout un volcan explosif d'où le danger. Notre objectif est de voir comment ces lahars qui se sont concentrés dans le lit des rivières ont modifié le fonctionnement de ces rivières. On travaille particulièrement sur la rivière Kali Opak.

Ces rivières ont été équipées de quelques barrages au début du XXe siècle par les Hollandais et dans les années 90, par les Japonais qui ont construit de très gros barrages pour justement retenir ces lahars. Le problème est qu'aujourd'hui, les barrages sont comblés par les sédiments (voir photos impressionnantes de F. Lavigne comme celle de gauche) apportés par ces lahars et on cherche à voir comment la rivière peut reprendre en charge ces sédiments pour les emporter jusqu'à la mer. Les barrages sont sensés retenir les sédiments et ils le font mais pour éviter qu'ils se comblent, il faudrait curer les barrages ce qui est peu fait. Quelques sites possèdent pelleteuses et camions mais en général, le curage est fait à la main, avec des pelles et des seaux et il est moins efficace. Ces entretiens n'ont pas été faits ou faits de manière insuffisante pendant longtemps et surtout la grande éruption de 2010-2011 a enseveli certains de ces barrages. Le danger majeur est que ces barrages, sous la pression des sédiments et de l'eau, craquent.

Ces barrages créent donc un nouveau risque. Nous avons vu un barrage rempli jusqu'en haut de sédiments et fendu, proche de la rupture. Si le barrage lâche, cela fera comme une énorme chasse d'eau et de sédiments qui va avoir des effets catastrophiques comme creuser en certains endroits, remplir les sections étroites des vallées et créer de nouveaux barrages ; c'est extrêmement dangereux.

Quelles sont vos propositions ?
On n'en est pas à la phase de propositions, notre travail étant une petite partie d'un travail de recherche international et multidisciplinaire. Certains travaillent sur l'activité volcanique, d'autres sur les effets induits par cette activité comme nous, et d'autres encore travaillent sur le versant social avec les questions des vulnérabilités des populations face à ce risque. En Indonésie existe un système d'alerte assez performant. Des sirènes sont installées à différents points des vallées, des observatoires surveillent le volcan et préviennent les populations de l'arrivée des lahars et le volcan lui-même est équipé d'un tas de matériel pour mesurer son activité.




Les populations savent-elles comment réagir ?
Il y a des systèmes d'évacuation avec des routes d'évacuation, des panneaux d'alerte. En 2010-2011, il y a eu quelques dizaines de morts ce qui est relativement peu par rapport à la densité de la population et pour l'essentiel, ce sont des gens qui n'ont pas voulu évacuer. Le gros problème est qu'il existe un système de cartes de l'aléa et du risque avec des anneaux concentriques au-dessous du volcan : un anneau sur les premiers kilomètres, un deuxième sur les 20 km suivants mais l'explosion de 2010-2011 a montré que ces anneaux étaient trop petits. Les gens évacués ont été installés dans des baraquements de secours mais il a fallu réévacuer, ce qui n'était pas prévu. Ils ont élargi le système mais les routes sont en mauvais état, les populations sont pauvres et n'ont pas de voitures et l'évacuation n'est pas simple.

La relation de ces populations avec le volcan est complexe. Il est dangereux mais les dépôts volcaniques créent des sols très fertiles donc les flancs du volcan sont presque entièrement cultivés sauf le haut du volcan qui est un parc national et a conservé des forêts. La population a beaucoup grossi en 20 ans. C'est une population jeune, instruite, pauvre mais pas misérable. A l'école, on leur apprend le fonctionnement du volcan et la prévention. Ces populations ne peuvent pas s'installer ailleurs car l'île de Java est densément peuplée et ne le veulent pas non plus car elles sont attachées à leurs terres.

Pour finir, tes impressions personnelles ?
L'Indonésie est un pays très agréable. Les gens sont très accueillants. On travaille avec des étudiants de l'université de Yogyakarta, étudiants très motivés et d'un très bon niveau académique.

Voir l'album des 19 photos de terrain - Photos Emmanuèle Gautier - 2012