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Vue panoramique de 1918 et autres outils fabuleux

Des trésors de la Cartothèque, nous extrayons pour vous, à l'occasion de ce premier numéro 2012, une vue panoramique en noir et blanc de la vallée de la Meurthe.
Document photographique daté de 1918, son titre "Observatoire de commandement Roches d'Appel" et la mention "secret n°2056" indiquent qu'il s'agit d'un document militaire.
La photo a été prise d'un point de vue en hauteur, la Pierre d'Appel, dans les Vosges. La vue couvre un large horizon aussi bien horizontalement qu'en profondeur. Les repères toponymiques ajoutés en rouge sur la photo permettent d'identifier précisément les lieux. Les graduations sur lesquelles s'insèrent ces repères marquent que le document est à usage de l'artillerie.

Observer le document et localiser l'endroit photographié ne présentent aucune difficulté. Cataloguer les informations du document pour en faire une notice bibliographique, consultable dans notre catalogue en ligne et donc sur Internet, non plus. Seulement, il nous est apparu intéressant d'aller plus loin, ce qui a fait naître un certain nombre de questions. Certaines ont trouvé réponse, d'autres non.

Une photo panoramique de 1918 est un document rare. Pour en tirer toute la substantifique moelle, n'est-il pas judicieux de le présenter avec les outils actuels de visualisation panoramique ? Magnifique idée de Félix, rédacteur talentueux de ce journal. Oui mais comment fait-on ? Un petit tour sur Google nous fait rebondir de sites de photos en sites d'infomatique, aussi jargonneux les uns et les autres pour aboutir à la Révélation : il faut transformer le document scanné en .jws, format des images animées sous Flash.
Un nouveau plongeon dans les arcanes touffus d'Internet et nous ressortons victorieusemnt avec le fichier converti... Il reste à l'insérer dans une page web, lui donner titre et commentaire et le mettre en ligne. Le plus dur est fait. Admirez la photo panoramique de 1918 !

Deux questions vous viennent spontanément aux lèvres que nous reproduisons ici car nous n'avons pas plus la réponse que vous. Comment les artilleurs utilisaient-ils le document ? Est-ce que le poste de commandement leur ordonnait, par exemple, de viser le point 1700 ?
De quand date la photo ? Le paysage est en effet curieusement intact pour une zone de guerre.
Cette vue panoramique avec ses zooms, nos artilleurs de 1918 n'en avaient pas idée. Non plus de cette autre avancée technologique qu'est Internet et plus précisément des outils permettant de situer et de visualiser un lieu. Voyons donc ce que nous pouvons tirer des plus connus, Géoportail et Google Maps.
Géoportail permet d'afficher la vue aérienne actuelle et différents types de cartes ; la carte actuelle faite par l'IGN, la minute d'Etat-Major (19e siècle) ou la carte de Cassini (18e siècle). En jonglant avec les curseurs comme indiqué ci-contre, vous pourrez constater l'évolution du lieu à travers les siècles.
Pour afficher la vue aérienne actuelle, cliquez ici

Google Maps permet aussi d'obtenir une vue aérienne avec ce "plus" qu'est l'affichage de photos. Les internautes peuvent proposer des photos de paysage par l'outil Panoramio. Celles-ci sont validées par Google pour être insérées dans Google Earth et Google Maps. Pour afficher la vue aérienne et les photos disponibles, cliquez ici.

Par ailleurs, Google Maps a développé le fantastique outil Street View qui permet d'explorer un endroit donné en 360° (voir l'aspect technique). En déplaçant le bonhomme Pince à linge dit Pegman sur la carte Google Maps, les images Street View apparaissent en contour bleu.
Comme nous, vous remarquez aussitôt les similitudes avec un déplacement dans une vue panoramique. Pourquoi Google n'adapterait-il pas sa technologie Street View à des photos panoramiques proposées par les internautes ? L'avantage : accéder à des endroits impraticables aux caméras autrement qu'à pied et dans notre cas, accéder au passé. Cela ne semble pas encore exister.

Toujours dans la catégorie photo, le site de l'IGN donne accès à des photos anciennes gratuites au milieu des photos payantes listées par missions photographiques. Ici, nous avons par exemple Etival en 1935.

Pourquoi ces 3 liens ? Parce qu'ils enrichissent fabuleusement le document initial. A comparer le panorama de 1918 et ses repères, avec la vue satellitaire, les cartes et les photos (et panorama) actuelles, une analyse du paysage devient possible. Ainsi, avez-vous remarqué les moulins sur la Meurthe au 18e puis la papeterie sur le panorama et enfin cette même papeterie aujourd'hui ? Avez-vous noté que le village se nomme Clairefontaine ? Mais c'est bien sûr, Clairefontaine, les cahiers de classe !
Les parcelles agricoles, l'avancée et le recul de la forêt, le tracé de la Meurthe, l'extension des maisons ou des voies de communication, la liste n'en finirait pas des éléments à observer et à analyser.

Ce document est aussi passionnant pour l'entremêlement des usages militaires et des outils de la géographie, chacun influant sur l'autre comme le montre cet intéressant texte de P. Boulanger. La géographie sert d'abord ou aussi à faire la guerre et cette photo de 1918 couplée à des repères de paysage en est un exemple concret. Une troisième question peut se poser alors : quelle influence entre les outils actuels de la géographie et la manière de faire la guerre ? En caricaturant, peut-il se créer un lien entre les vues offertes par Street View et les émeutes ou guérillas urbaines ?
Le texte de P. Boulanger mentionne qu'entre les deux guerres, l'évolution des techniques militaires (aviation et sous-marin) a été mal prise en compte par les militaires obnubilés par le terrain. Les distances, l'espace se transformaient avec le développement de ces nouvelles armes, certains ont préféré de rien voir.

N'est-ce pas toujours le danger ? Refuser l'évolution des outils pour s'en tenir au cadre intellectuel familier ? Google Map, Google Earth, le Géoportail et leurs couches d'informations cumulées, tout comme les applications de la téléphonie mobile, ne sont pas des gadgets mais des outils géographiques à part entière. Outils qui en sont encore à leurs balbutiements. Ainsi Géoportail pourrait intégrer des photos ou des cartes personnalisées d'internautes comme le fait Google Maps. Ces évolutions modifient considérablement la manière de percevoir la géographie. De quoi la rendre plus aimable à ceux qui ont encore le triste souvenir d'une discipline scolaire cantonnée à des villes à situer ou des productions de charbon à mémoriser...

Ce panorama de 1918, en plus d'être rare et instructif par lui-même, pousse à s'interroger très en dehors d'un cadre limité à la simple besogne ordinaire du catalogage. Nous n'avons pas répondu à toutes les questions mais l'essentiel n'est-il pas de les avoir posées ?


Janvier 2012