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Cartothèque - collections

La Carte de la végétation de la France au 1:200 000 / C.N.R.S. 18 exemplaires dans le tiroir 37. La série complète contient 80 feuilles. La cartothèque possède 37 titres (voir le tableau d'assemblage)

L'histoire de la Carte de la végétation est bien décrite dans l'article de Thierry Gauquelin, Marcel Delpoux, Guy Durrieu, André Fabre, Jacques Fontès, Pierrette Gouaux, Philippe Le Caro et Marie-Hélène O’Donoghue, «Histoire du Service de la carte de la végétation de la France», La Revue pour l’histoire du CNRS, N°13 - Novembre 2005, mis en ligne le 3 novembre 2007

On y apprend entre autres que la couleur est l'élément déterminant de la carte : couleurs chaudes pour les espèces adaptées à la chaleur, teintes bleues pour celles qui réclament de l'humidité.

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La distribution des ensembles végétaux par couleurs donnent donc idée des conditions climatiques et même des sols (ainsi du chêne liège sur sol calcaire). De plus, la carte utilise des trames pour représenter la dégradation de cette végétation "native". Deux informations sont ainsi synthétisées : l'état actuel de la végétation et ce qu'elle pourrait être sans intervention humaine.

L'échelle du 1:200 000 a été choisie car elle permettait de mettre en évidence de grands ensembles végétaux possédant même climat et même sol. En conséquence, la gestion du territoire en était facilitée. Ses concepteurs la considéraient de plus comme un outil pédagogique pour illustrer les interactions entre climat, sol, homme et végétation.
Le récit de l'élaboration des cartes comporte des moments de bravoure.


Au cours de la rédaction d’une feuille, les prospections sur le territoire de leur feuille étaient de grands moments pour l’équipe...
On attaquait l’itinéraire. L’un conduisait «l’Ecotron»; l’autre faisait la navigation et le troisième, la carte terrain sur les genoux, parlait dans le micro du magnétophone, tout en notant sur la carte soit des signes conventionnels soit des numéros correspondant à ce qu’il enregistrait au magnétophone. L’ensemble de l’équipe scrutait les abords de la route et le paysage, à l’affût des arbres et plantes significatives. L’expérience montre qu’à 60 km/h, on peut reconnaître beaucoup de choses. Bien entendu, souvent retentissait une exclamation: «Je crois avoir vu un pubescent». On s’arrêtait et on allait vérifier, occasion le plus souvent de faire une liste rapide (enregistrée) de la végétation herbacée ou arbustive locale. La nuit venait en général mettre fin à une journée toujours trop courte. On reprenait l’itinéraire le lendemain…


En dépit du souhait de ses auteurs, cette carte n'a pas été mise à jour depuis 1987. Qu'en est-il des cartes de la végétation vingt ans plus tard ?

CORINE Land Cover est un inventaire biophysique de l’occupation des sols, produit dans le cadre du programme européen CORINE (Coordination de l’information sur l’environnement). Il sert à la Commission européenne pour prendre ses décisions en matière d'environnement. Les données sont disponibles gratuitement, en ligne ou par le biais d'un SIG. Il est intéressant de noter les différences entre les deux projets.

Ainsi l'échelle ici n'est pas le 1:200 000 mais le 1:100 000. Le 1:200 000 était considéré comme "particulièrement adapté à une zonation du territoire français", le 1:100 000 est "bien adapté aux besoins nationaux et européens de suivi et de gestion de l’environnement ou d’aménagement de l’espace". L'explication est plus vraisemblablement liée à la dimension européenne du projet, "la plupart des pays de l’Union européenne disposant d’une cartographie régulière à cette échelle". Mais cette notion d'échelle a-t-elle encore de l'intérêt quand l'utilisateur peut zoomer jusqu'à obtenir un très grand degré de précision ?

Pour la Carte de la végétation, les auteurs utilisaient la couverture aérienne de la feuille au 1:50 000 et reportait le maximum d'informations tirées des photos (limites de forêt, landes, etc.) sur les fonds de carte vierges tout en vérifiant les zones délicates par des prospections sur le terrain. Puis la couleur était posée. Quelques décennies après, c'est un tirage photographique au 1:100 000 tiré d'une image satellitaire SPOT ou LANDSAT qui sert de base à la confection de la carte. La différence essentielle est l'utilisation d'un SIG : les fonds de cartes sont numérisés, la carte est conçue sans recours au papier. Des prospections sur le terrain sont-elles encore nécessaires ?

Les couleurs chaudes marquent désormais les zones urbanisées. Les forêts et milieux semi naturels sont dans les teintes vertes. La carte n'étant plus seulement de la végétation, l'information relative à cette dernière a été restreinte. Ainsi les forêts sont désormais de feuillus, de conifères ou mélangées mais les essences : hêtres, chênes etc. ont disparu. Avec eux c'est aussi la perte de l'information sur le climat et les sols et donc les perspectives fines d'évolution d'une zone si la pression anthropique diminuait. Mais l'oeil acéré du spécialiste de la végétation n'est-il pas capable de distinguer les essences à partir des photos aériennes qui constituent le fond des données ? Testez-vous...


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L'avantage évident du CORINE Land Cover, en plus de sa dimension européenne, est la facilité des mises à jour (3 existent : 1990, 2000 et 2006). Cela permet de visualiser les changements d'occupation du sol entre 2 dates sur des surfaces supérieures à 5 ha. Exemple sur le sud d'Aix en Provence.

Au contraire, la Carte de la végétation est achevée et ne concerne que la France. Elle était le résultat d'une aventure collective : un ou des auteurs assistés d'une équipe de collaborateurs incluant jusqu'aux instituteurs des cantons visités ; tous les noms des personnes impliquées sont indiqués sur la carte. CORINE Land Cover est désormais conçue par des organismes. Remarquons pour finir que cette dernière est plus simple à lire et consultable aisément par tous grâce à internet.

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L'inventaire forestier national réalise des cartes forestières numériques. Permettent-elles de compléter la CORINE Land Cover ? La cartographie forestière en ligne (exemple sur la forêt d'Evreux) n'est pas concluante tout bonnement parce que l'accès aux données sous forme de couche intégrable dans un SIG est payant (voir la version d'essai).

Pour les cartothèques, la différence notable entre Carte de la végétation et CORINE Land Cover concerne le faible encombrement de cette dernière : elle est immatérielle... Ce qui pose la question du signalement dans les collections : ne possédant plus de support physique, faut-il l'ignorer ? A ne mentionner que les feuilles de la Carte de la végétation il semble n'exister rien d'autre. Recenser CORINE Land Cover autrement ? et comment ? en signets ? Vaste problème...