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Témoignages sur la recherche documentaire (2009-2011) - Rencontre avec Eric Gilli, professeur de géographie

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Je suis Professeur de géographie physique et je travaille sur les systèmes karstiques. Je partage mon temps entre Paris 8 pour l’enseignement, et l’UMR Espace de Nice pour la recherche. Je suis essentiellement un géographe de terrain, et j’étudie des zones situées le long du littoral méditerranéen, à Madagascar et dans plusieurs autres pays. Dans le métier d’enseignant-chercheur j’accorde une priorité à la recherche que je considère être à la base de l’enseignement. La documentation, le terrain, les publications et la communication de mes recherches font mon quotidien.

La recherche documentaire tient-elle une place importante dans votre travail ?
En effet, elle en occupe une part extrêmement importante. En réalité, la documentation est une partie des sources d’information, car je peux aussi m’adresser à des personnes ressources (un chasseur du coin, un professeur à la retraite…). Je dis toujours « Mieux vaut un qui sait que dix qui cherchent » ! Concernant la recherche documentaire proprement dite, je m’en sers pour ne pas refaire ce qui a déjà été fait et pour cibler le mieux possible mes interventions. Cela englobe tous types de documents (livres, articles, cartes, images satellites…). Le résultat de mes recherches est bien souvent anglophone, et je publie d’ailleurs moi-même en anglais.

A quels outils avez-vous recours pour effectuer vos recherches documentaires ?
A mes yeux, Internet est la grande révolution concernant la documentation et l’information. Pratiquement tout finit par y figurer ou au moins par y être cité ce qui simplifie ensuite la recherche classique. C’est donc mon principal outil. J’y trouve tout ce qui est accessible via un moteur de recherche, mais il faut parfois changer la langue des mots-clés pour accéder à d’autres documents intéressants. C’est souvent gratuit, mais parfois payant comme par exemple les revues scientifiques auxquelles j’ai accès en ligne grâce aux abonnements de mon laboratoire ; j’achète aussi parfois des images satellites accessibles grâce à Google Earth. J’utilise aussi Google Image pour trouver des cartes numérisées. J’ai été formé de façon classique (bibliothèques, documents papier…) et je sais apprécier les nouveaux outils. Ce type de recherche documentaire nécessite cependant une grande prudence et la maîtrise de certaines notions (évaluation des sites, mots-clés, syntaxe des requêtes...) que je transmets à mes étudiants dès le 1er semestre.

Dans quels établissements vous rendez-vous pour consulter des ouvrages ?
Quand j’étais étudiant à Nice, je fréquentais la BU. Plus récemment, je me suis rendu au Muséum National d’Histoire Naturelle pour y chercher des documents sur Madagascar, mais que j’ai finalement trouvé… sur Internet ! Je n’ai d’ailleurs pas forcément besoin de me déplacer puisque, par exemple, la faculté de Jussieu a mis en ligne le travail de Martel datant du XIXe siècle auquel je m’intéresse en ce moment. J’ai aussi utilisé récemment Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF pour les cartes marines de Madagascar. Je pense que le projet de numérisation de Google est une belle opportunité car cela donne accès à des documents trop éloignés de nous, Européens. Il m’arrive souvent de rebondir d’un article à l’autre via les références bibliographiques citées jusqu’à trouver un contenu réellement intéressant, et cela en une journée alors qu’il me faudrait un temps infini si je devais me rendre dans chacune des bibliothèques possédant ces documents. Quant à la BU de Paris 8, je ne ressens pas le besoin d’y aller en tant que chercheur car je travaille plus sur des articles scientifiques que sur des ouvrages. Par contre, je communique des listes de références bibliographiques à mes étudiants, et ils s’y rendent certainement.

Quel usage faites-vous de la Cartothèque ?
J’y emprunte peu de cartes pour mes recherches dans la mesure où je vais sur le terrain avec mon GPS et mon ordinateur ultra-portable. J’y ai stocké toutes sortes de cartes ou images nécessaires à mon travail que j’ai parfois moi-même géo-référencées. Si je devais me déplacer avec l’équivalent en papier, ce serait impossible ! Mais ne vous y trompez pas : je reste un grand adorateur du papier. Concernant l’enseignement à Paris 8, je donne peu de TD, surtout des cours magistraux pendant lesquels je projette des cartes numériques.

Quelle serait selon vous la cartothèque idéale ?
Elle serait équipée d’un scanner A0 pour numériser son fonds documentaire. Cela servirait aux étudiants et aux enseignants pour un accès rapide et à distance, sans abîmer les documents en question. Mais aussi, cela permettrait à notre université de rayonner dans le monde entier en mettant ses collections à disposition de façon gratuite ou même payante, sous réserve bien sûr de respecter les droits liés à la propriété intellectuelle. Ceci est déjà fait par de nombreuses universités ou services d’Etat à l’étranger comme par exemple la bibliothèque Perry Castaneda à l’Université du Texas ou celle l’US Geological Survey, mais aussi en France comme avec la Jubilothèque de Jussieu ou la cartothèque de la Documentation française pour n’en citer que quelques-unes.
Octobre 2010