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Activités : 2011


Les activités de la cartothèque - Expérience sous-marine à Paris 8

La station d'expérimentation sous-marine est en place ! Elle a été installée cette nuit, non sans mal, le camion citerne ayant eu du mal à se "brancher" sur l'escalier. 2700 mètres cubes d'eau ont été déversés dans "l'aquarium". L'installation du matériel électronique fut plus spectaculaire encore : des kilomètres de câblage, des écrans de toutes tailles, un groupe électrogène mais les cinq techniciens se mouvaient au milieu du chaos comme des poissons dans l'eau. Les premiers essais (voici quelques photos prises rapidement ce matin) auront lieu selon les délais prévus et déjà les étudiants se pressent pour s'inscrire à ces séances très particulières de géographie qui confirment la réputation avant-gardiste de l'université Paris 8.


Le camion citerne au petit matin

Ce beau projet est né d'une constatation : les cours d'orientation proposés aux étudiants de géographie mettent de côté l'orientation sous-marine. Pourtant celle-ci possède des spécificités d'autant plus intéressantes que, pour l'instant, ces dernières mettent en échec la technologie. Pour faire simple : il n'existe pas de GPS sous-marin. Mais des prototypes existent. C'est l'un de ces produits de pointe que testera notre station d'expérimentation.
Nos connaissances en la matière étant réduites, écoutons Michel Proton, directeur de SubAqua.


La station expérimentale sous-marine dite "l'aquarium", installée dans le couloir de la géographie

D'où est née cette idée de concevoir un GPS sous-marin ?
Par passion. Je pratique la plongée sous-marine dans toutes les mers du globe depuis une vingtaine d'années. Exploration et archéologie sont mes deux marottes. La technique ne suit pas toujours, premier constat. Pour réaliser mes reportages, j'ai conçu moi-même mes appareils photo, vidéo et audio. L'orientation, c'est autre chose. Il y a toujours eu nos "trucs" de plongeurs : les courants, les traces des vagues sur le fond, la lumière. Et le matériel : compas, montre, même une simple ardoise est précieuse. Expérience, outils, il faut les deux. Sauf que ça reste à la louche. Et l'approximatif a des conséquences sur la sécurité. Une erreur d'orientation et vous palmez une heure, pas grave mais si vous émergez sous les quilles des bateaux ? si vous manquez d'air pour avoir tourné en rond ? Repérer le narghilé*, les bouées, les dangers, mettre une épave en balise, tracer votre itinéraire avec précision : sur terre, il y a le GPS, pas sous l'eau. Comme rien ne venait, j'ai pris les choses en mains.

* narghilé : bouteille de réserve d'air sous la quille



Premiers essais de matériel : Jordan et Ahmet de SubAqua

Aviez-vous des connaissances techniques ?
Pas vraiment mais dans la plongée, vous côtoyez des gens de tout horizon. De relations en relations, j'ai mis sur pied une petite équipe de passionnés. A la base, c'est un problème d'ondes.

Pourriez-vous l'expliquer de manière simple ?
Essayons. Comment marche le GPS ? Les satellites envoient un signal au récepteur. Ce signal est traité pour localiser le récepteur et par conséquent la voiture ou le bateau où il est placé. Je passe sur la question de la vitesse, elle ne se pose pas pour un plongeur. Ce signal est une onde électromagnétique. Elle traverse l'air, pas l'eau. L'envoyer vers le plongeur, c'est envoyer une balle dans un mur en espérant qu'elle va le traverser. Peine perdue. Dans l'eau, on utilise les ondes acoustiques. Vous avez déjà entendu le bip-bip des sonars : onde acoustiques mais les autres sont restées bloquées là-haut. La solution évidente est de convertir l'une en l'autre. Une bouée avec un transformateur à la surface de l'eau et le tour est joué. Sauf que c'est la bouée qui est repérée et qu'entre la bouée et le plongeur, le signal va se troubler, ralentir. Le récepteur devra corriger, pas facile. On a fait autrement.

Comment ?
Permettez-moi de rester muet sur le sujet.


Michel Proton, directeur de SubAqua

Alors venons-en à cette expérimentation. Concrètement, comment se déroulera-t-elle ?
Théorie et pratique vont alterner toute la semaine. D'abord, nous enseignerons les outils familiers au plongeur et les techniques intuitives pour se repérer. Le GPS ne les remplacera jamais. Ne le doit pas d'ailleurs. Se perdre parce que le GPS de la voiture ne fonctionne plus n'a pas les conséquences d'une panne de GPS sous l'eau. Ne jamais tout baser sur la technologie, je le répèterai aux étudiants. Nous passerons en revue toutes les techniques et elles seront expérimentées dans le bassin.

Dans les conditions réelles ?
Tout à fait. Nous avons un simulateur de courant, de marée, de lumière, de turbidité, de bouées, de trafic naval et j'en passe. Tout est reproduit, des algues pour évaluer le courant jusqu'aux différents types de fonds sous-marins. Il y aura même une tempête pour le dernier cours. Nous reconstituons aussi plusieurs véritables sites. A l'étudiant de prendre ses repères sans oublier de se retourner pour les voir en trajet de retour.

Seule la profondeur n'est pas réaliste, non ?
Qu'est-ce que la profondeur dans l'eau ? Une question de pesanteur. Voyez-vous cet appareil ? Fabrication maison. Notre fleuron après le GPS : un simulateur de profondeur. Les étudiants se familiariseront avec les paliers de décompression sans qu'on soit obligé de creuser 15 mètres.
Un morceau du simulateur de profondeur

Utiliserez-vous des cartes ?
Bien sûr. Les cartes de la SHOM ou des cartographies privées seront étudiées pour préparer la plongée. Sous l'eau, nous aurons les cartes couplées au GPS. Elles sont en 3D. L'étudiant pourra y saisir ses waypoints* en direct.

* waypoints : points correspondant à une position GPS


Machine mystérieuse mais "photographiable" au contraire de la plupart

Et tout cela grâce à votre GPS. Excusez mon ignorance : un satellite n'est-il pas indispensable ?
Si notre produit arrive à fabrication, oui. Pour ce projet, il nous suffit d'un point en hauteur. Nous avons lancé un ballon sonde. Il est arrimé au bâtiment. Tout le nécessaire se trouve dans sa nacelle. Les essais montrent qu'il réagit bien. Il faut savoir que les satellites sont sur l'horizon, la hauteur n'a donc pas besoin d'être importante.

Le récepteur se porte au poignet ?
Oui. Il est de très petite taille mais seul, n'a pas grand intérêt. Nous le couplons avec un ordinateur. Voyez la différence avec un GPS terrestre : l'écran est plus grand, les touches plus larges. Conséquence : le poids. Mais dans l'eau, le poids n'existe plus. Côté batterie, le temps de plongée supporte l'absence de source externe. Le tout est parfaitement étanche. Le mode d'emploi est très simple, notamment grâce à l'écran tactile. Ce stylet ou n'importe quel objet pointu et le plongeur enregistre ou commente à la volée. On peut paramétrer toutes les touches à l'exception de celle du mob*. Quant au signal, il ne suscite aucun trouble dans le milieu aquatique. Nous avons engagé les démarches pour obtenir une certification ISO 14 000*.

*mob (Man Over Board) : localisation d'un homme tombé à l'eau / ISO 14 000 : norme sur le management environnemental.

        
De quoi équiper les étudiants

Pour finir puisque votre équipe s'impatiente, qu'espérez-vous de notre collaboration ?
D'abord de communiquer ma passion. Le monde sous-marin est la terra incognita des anciennes cartes de géographie. Tout est à explorer ! Et que de merveilles. Les essais que nous faisons ici permettront aussi de trouver un investisseur avec l'espoir d'une commercialisation rapide. Le produit est au point, nous l'aurons prouvé à la fin de cette semaine.

Laissons Michel Proton à ses essais dans l'"aquarium" pour vous inviter à venir admirer cette belle expérience sur place, au 1er étage du bâtiment D, jusqu'à vendredi prochain.
Pour ceux qui ne peuvent se déplacer, reportez-vous aux photos prises ce matin.

1er avril 2011 : journée des canulars...